Trêve

Mai 1917. Un samedi après midi, dans les plaines du plat pays belge d’aujourd’hui, deux soldats discutent, assis sur un haut plateau.
Trois ans que la grande guerre a démarré et qu’ils vivent l’horreur au quotidien. Mais une courte trêve leur donne un peu de répit.
Ils se racontent leur vie d’avant la guerre, celle qu’ils avaient comme civil, lorsque le monde n’était pas encore devenu fou à lier.
Le premier des deux, un homme de haute stature, brun, était boulanger avant d’être enrôlé. Il était attendu depuis par sa femme et ses quatre enfants qu’il n’avait revus que très peu, essayant de compenser son absence par des lettres où il essayait d’y exprimer tout l’amour qu’il ne pouvait leur donner comme il le souhaiterait. Il en avait vu des horreurs durant ces trois années, devant parfois tuer pour sauver sa propre vie alors qu’il n’avait rien demandé à personne. Un vrai cauchemar.
Il s’en tire pour l’instant avec deux blessures : la première sur l’épaule, due à un coup de bâillonnette, cicatrisante, l’autre inscrite dans son âme. A vie celle là.
Le deuxième homme, comme le premier, a également été arraché brutalement à l’amour des siens, malgré son âge encore jeune. Son innocence est cependant partie depuis longtemps maintenant, et s’il n’y avait pas eu cette trêve, sa raison en aurait certainement fait autant. Jeune étudiant d’une vingtaine d’années, la pénurie de soldats sur le front est la cause de sa présence malgré son statut. Tout comme son acolyte, on ne lui a guère laissé le choix, et obligé à aller tuer des gens qui ne lui avaient rien fait.
Les deux hommes se sont rencontrés et soutenus mutuellement, leur permettant de soulager leur douleur et leur conscience, rongée par le dégoût et la tristesse.
Mais le temps s’échappe et celui de la trêve touche à sa fin. Ils le savent, ils devront retourner vivre l’horreur sans savoir si cela se terminera un jour.
Alors, comme deux vieux amis, ils se prennent dans les bras, les larmes roulant sur leurs joues, et repartent vers leur camp militaire.
L’un vers la zone française, l’autre du côté allemand.

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