Enragé

Germain Lambert n’en croyait pas ses yeux. La lettre en main, son cœur ne cessait de battre la chamade. Il la relut pour s’assurer qu’il ne rêvait pas.

 » Mon tendre ami,

Je profite de cette belle journée ensoleillée de printemps pour exprimer la joie de l’annonce que j’ai à vous faire. Mon père m’a laissé entendre que nous arriverions à Paris dans une huitaine. Mon cœur est en fête à l’idée de venir à la capitale ! Nous pourrions nous y rencontrer enfin, après ces mois de correspondance. Je vous envoie une photo afin que vous puissiez me reconnaître lors d’un éventuel rendez-vous. La règle exige que vous choisissiez le lieu de notre rencontre tant attendue.
En ayant grande hâte de vous lire, je vous envoie toute mon affection.

Françoise Marival »

    Parfumée de surcroît, la lettre contenait le cliché d’une belle femme brune, visiblement de bonne famille.
Germain ne se fit pas prier pour répondre dans l’heure, et fixa le lieu du rendez vous aux tuileries dans huit jours.
Habillé de pied-en-cape, il se tenait droit comme un piquet, aussi tendu qu’une corde à linge. Le pommeau de sa canne en main, il l’attendait.
Elle ne tarda pas à arriver, aussi élégante dans une belle robe rouge, portant un ravissant chapeau orné de fleurs. Germain fut conquis.
Aussi habilement que le lui permettait sa nervosité, il lui tendit le bras pour une promenade dont il avait soigneusement étudié l’itinéraire. La beauté de Paris s’étalait devant eux, riante.
Ils se mirent à discuter, tout d’abord avec pudeur, et au fur et à mesure que la soirée avançait, avec plus de détachement. Ils semblaient se plaire. Sembler était le verbe juste.
Vers 21 heures, Françoise, son chapeau en main, demanda à Germain si celui-ci consentait à la raccompagner chez son fiancé. Germain s’arrêta, interloqué. Son fiancé ?
Son fiancé … Elle était donc promise à quelqu’un. Comme à son habitude, il s’était laissé emporter par sa sensibilité, croyant que le destin avait enfin mis son âme sœur sur sa route. Mais la vérité le frappa comme un coup de canon : jamais il ne pourrait l’avoir. Quel déveine.
Germain ne laissa rien paraître et accepta, lui conseillant de le devancer légèrement pour admirer le panorama de la ville lumière.
Puis, pendant que la promise contemplait ces lieux, l’idée lui vint, limpide. Comme un souffle évident.
Soulevant sa canne tel un pêcheur ferrant sa proie, il l’abattit soudain, lui brisant le crâne, comme elle venait de le faire inconsciemment avec son cœur.

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