Fracassé

En cette journée d’automne grise et froide, mon arme à la main, je contemple d’un air satisfait l’adversaire que je viens d’abattre froidement. Il n’en reste que des morceaux éparpillés, que je me suis évertué à fracasser de toutes mes forces durant des heures, porté par la rage et la frustration accumulées toutes ces années.
Depuis près de trois décennies, j’ai subi sans mot dire, sans me plaindre, en acceptant presque la honte et les interdits qu’il m’imposait à moi et aux miens. Je n’ai vraiment pas de souvenir de ma vie avant de l’avoir rencontré car je n’étais alors qu’un jeune enfant. Mais faire sa connaissance a été très mal vécu dès le départ, obscurcissant ainsi tout le reste. Tous mes rêves et mes opportunités ainsi que tous mes espoirs ont été anéantis par sa faute. Jusqu’à ce qu’il ne me reste plus que mes yeux pour pleurer.
J’ignorais jusqu’à quelles extrémités je pouvais aller pour me débarrasser de lui. Mais même dans mes rêves les plus fous, je n’aurais jamais songé à un tel déferlement de violence. Le juste retour de ce que j’ai enduré. Et le plus incroyable de tout, c’est que je ne regrette qu’une seule chose : de ne pas pouvoir le massacrer une fois encore.
Ce jour a été celui de trop. C’était lui ou moi. Passant devant pour la énième fois et supportant ses quolibets émanant de sa superbe, je n’y tins plus et courus chercher l’outil pouvant étancher ma soif de meurtre : ma lourde masse.
Je revins et frappai le premier. Ce coup ne lui fit pas grand chose, mais je ne lui laisse pas le temps de riposter. Je le bats, le fracasse sans relâche, comme un dément, et, bientôt, d’autres personnes vinrent me prêter main forte, enhardies par ma volonté. Et nous frappâmes. Forts. Comme un seul homme. Et il céda finalement sous le nombre. Vaincu.
En ce jour du 9 novembre 1989, le mur de Berlin vient de mourir. Enfin.

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